Jacques Brel- Ne Me Quitte Pas (1959)

Jacques Brel- Ne Me Quitte Pas (1959)

Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le coeur du bonheur
Ne me quitte pas


Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas


Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants là
Qui ont vu deux fois
Leurs coeurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas


On a vu souvent
Rejaillir le feu
D'un ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Ne me quitte pas

# Posté le dimanche 24 mai 2009 05:02

[Mots en l'air.]

Qu'il est ardu de trouver les bons mots
Pour donner un sens à nos maux.

L'amour, éternel éphémère,
M'a un jour dévoilé la lumière.
Veillant sur moi comme une bonne mère,
Il reste, pourtant, comme un mystère.

Approchant à pas feutrés,
Il m'a rendu ma liberté,
M'a fait connaitre le bonheur,
En hiver, comme en été.
Malheureusement est venue l'heure,
Où j'ai dû m'en séparer.

Délaissé, abandonné,
Désespérant de mon chagrin,
Privé de tout, envie de rien,
Au loin, mon esprit s'en est allé.

Mésange bafouée aux ailes atrophiées,
Vagabond solitaire à la crinière enflammée,
Cygne survolant un ciel sans horizon,
Qui, de douleur a perdu toute raison,
Je me noie dans une mer à la douceur amère,
En manquant d'air sans cet être cher.

Qu'il est ardu de trouver les bons mots
Pour donner un sens à nos maux.

L'âme pleine d'amour et de mélancolie,
Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
J'ai montré ma blessure aux deux mers d'Italie,
Et fait dire ton nom aux échos étrangers."

[Mots en l'air.]

# Posté le mercredi 25 mars 2009 17:23

Modifié le mercredi 25 mars 2009 19:09

[Un Océan de Mots Oubliés]

[Un Océan de Mots Oubliés]
Tels des fleurs brûlant dans la lumière, nos sourires s'y estompent, pastels de couleurs et de malheurs, si effritables, si éphémères. Poèmes abandonnés dans les sombres recoins de notre mémoire, nous y trouvons paix, plénitude et quiétude. Chaque jours, nous y noyons nos peines et nos chagrins, nos espoirs et notre entrain. Qui sont-ils pour posséder tant de pouvoir? Qui sont-ils, dis-je, pour commander ainsi notre esprit, notre coeur?

Consonances étranges aux rythmes entraînants,ou fruits de la plume de certains amants, cette douce voix se retrouve en chacun de nous, hommes et femmes, corps et âmes. Mélodies fantastiques aux instants oniriques, les générations s'y rejoignent et s'y unissent, y dansent, y chantent, y pleurent, y meurent, s'agitant dans une frénétique transe de bonheurs et de malheurs. On y côtoie l'orgasme et l'agonie, l'amour et l'empathie. Capables d'emmener tout ressentiment dans un mouvement de chute transcendant chacune de nos pensées, ou encore d'exalter tout intérêt que nous portons aux choses en une véritable passion, les mots possèdent des pouvoirs qu'aucun de nous ne maîtrise.

Bien utilisés, ils peuvent servir les causes les plus nobles, autant la littérature que d'autres arts indispensables à toute évolution. Ils peuvent servir d'échappatoire aux plus perdus d'entre nous, mais aussi guider les explorateurs de l'âme et de la condition humaine. Immortels, ils voient les minutes défiler au rythme de la vie, et restent inaltérés par ces secondes qui filent et défilent sans s'arrêter, cachés dans les plus petits recoins de notre conscience, si ce n'est de notre inconscience. Utilisés sans être reconnus, leur véritable signification tend à être oubliée, les notes qu'ils déposent sur le papier semblent parfois envolées, noyées, étouffées par cet environnement hostile au rêve et à l'idéal que l'on s'en fait.

Puissent- ils un jour renaître de leurs cendres, phénix ardents s'envolant vers un ciel nouveau.

Puissent- ils un jour nous réapprendre, comment ils peuvent nous guérir de tous les maux.

# Posté le dimanche 04 janvier 2009 15:47

[ Conjugaisons ]

[ Conjugaisons ]


Ma vie est au passé,
Ce que mon présent est l'imparfait.
Laissons les futurs m'apprendre,
mais que les subjonctifs m' attendent.

Il eût fallu mes passés simples mal conjugués,
Pour que mes futurs antérieurs en soient aussi troublés.
Il eût fallu mes plus-que-parfait oniriques,
Pour que mes impératifs en deviennent dialectiques.

Ô rage de mon présent,
La vie au futur n'est que mensonge maintenant.
Ô rage de ce temps,
Le mode conjugal y demeure malveillant.

Au conditionnel, j'aurais voulu t'oublier,
Avec mes auxiliaires, tout recommencer.
Avoir et être abandonnés,
A titre indicatif, pour mieux recommencer.

Ailes des papillons de la nuit éphémère,
Qui battent encore, tel un coeur téméraire,
Au passé antérieur qui brave et s'emblave,
Pour vivre un infinitif parfait et suave.

Lâche ! Lâches ta colère cavalière contre moi.
Condamne mes passés composés pour la dernière fois!
Que tes rimes participent aux instants endiablés,
Pour que je puisse mourir enfin, sans temps conjugués.

# Posté le lundi 01 décembre 2008 16:17

Modifié le lundi 01 décembre 2008 16:30

[ paradiso artificiale ]

[ paradiso artificiale ]
La porte des paradis artificiels est dorénavant ouverte. Je ne sais qui, quand ou comment, toujours est-il que j'ai tourné la poignée, et que j'ai pénétré dans cette pièce mystique, dans laquelle bonheur et malheur se mêlent, dans laquelle tout n'est qu'illusion, et où les sens, les odeurs, les sons, les images qui nous parviennent, nous enivrent et nous montrent le chemin à suivre.

Oui, j'ai poussé cette porte que tant d'autres ont poussé avant moi, guidés par la douce recherche d'un ailleurs éternel, d'une liberté peut être excessive mais tellement agréable... Oui, j'ai franchit ce seuil que tant d'autres n'ont pas osé franchir...

L'esprit y abolit tous ces murs infranchissables qui le condamnent à la raison et à l'immobilité. Il y apprend la vie telle qu'il aurait dû l'apprendre. Il y apprend à se connaître lui-même, à se retrouver dans ce labyrinthe des possibles qui le composent. Expérience grandiose de communion avec son corps. Avec son âme. Tout y est perçu avec une sensibilité accrue. Toutes ces dualités qui font ce qu'est la vie, ne deviennent qu'une entité complète et unique, une bulle de savoir dans laquelle les talents fusionnent au lieu de s'additionner. Mais tout en ayant cette impression de connaissance infinie, l'esprit s'ouvre à tout ce qui l'environne. Ainsi la sensation de connaissance absolue côtoie celle d'ignorance absolue.

On se rend compte que le savoir n'est jamais acquis, et que la nature nous cache encore bien des secrets.
On se rend compte que tous ceux qui prétendent savoir quoique ce soit dans la vie, ne sont en fait que des ignares qui n'en savent au final pas plus que tout un chacun.
On se rend compte que personne n'est digne de diriger qui que ce soit, que l'homme se considère comme grand et puissant, alors qu'il n'est que ce qu'il existe de plus petit.

Réel et irréel, concret et abstrait, liquide et solide, froid et chaud, ténèbres et clarté, toutes ces notions ne font plus qu'une. Le ciel y est toujours bleu, les gens toujours heureux, la vie y est belle. Tout se rejoint en un unique point qui veut à la fois tout dire et ne rien dire. C'est à travers ce point que de nombreuses générations d'utopistes se sont rejointes, et ont partagés cette émotion, ce sentiment si profond et si mystérieux. C'est ce même point qui est réfuté de toutes parts par ces culs serrés qui se contentent de ce qu'ils ont, qui préfèrent stagner que d'avancer.

La vie est courte, mettons la à profit...

# Posté le vendredi 22 août 2008 06:59